La terrariophilie

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A quoi sert la terrariophilie ?
par le Dr Ghislaine Guyot

A titre privé je suis terrariophile et à titre professionnel je travaille depuis plusieurs années en biologie de la conservation chez les tortues dont la tortue d’Hermann.

Je me permets d’apporter trois éléments de réflexion.

Préambule:

La conservation est l’affaire de tous. Tout programme de sauvegarde ne peut être réussi que s’il implique tous les acteurs concernés et engage une discussion.

Cela signifie nécessairement intégrer la terrariophilie aux programmes de sauvegarde puisqu’une des causes majeures de la disparition des espèces est due au ramassage commercial longuement pratiqué dans le passé.

Discuter c’est échanger des idées et prendre en considération celles des autres. C’est une erreur profonde de montrer d’un doigt accusateur les terrariophiles ainsi que cela est fait par certains en France. Cette accusation est d’ailleurs unique à la France!

Il ne faut pas non plus se tromper de débat. Personne n’a le droit d’interdire à son voisin d’avoir une tortue chez lui, au nom de son propre idéal, si les collectes ne menacent pas la survie des espèces.

Enfin, la répression et les interdictions ne seront jamais aussi efficaces que des actions volontaires de prévention. Rappelons que l’interdiction des Testudo en France a ouvert la porte au commerce de la Tortue à Tempes Rouges (la célèbre et mal nommée « Tortue de Floride »).

L’interdiction des petites tortues ouvre la voie à la commercialisation d’autres tortues aquatiques.

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Première réflexion : Le statut de la Tortue d’Hermann en France

On oublie trop souvent que la Tortue d’Hermann n’est pas une Pseudemydura umbrina ou une Geochelone yniphora. A-t-on vraiment besoin de constituer un cheptel captif pour sauver l’espèce? Tant qu’il existe des populations naturelles viables, c’est non. L’IUCN est claire là-dessus : sauvons d’abord ce qui reste dans la nature. Et il reste des milliers de tortues dans la nature ! Le maintien en captivité de chéloniens induit des modifications comportementales et des sélections artificielles différentes de la sélection naturelle. On ne peut donc pas valider une telle approche pour une espèce en danger… mais non rare.

Quelles sont les raisons de sa disparition ?

Comment peut-on sauvegarder la tortue d’Hermann ?

Il y a trois raisons principales à sa disparition :

  • La fragmentation

  • la destruction de son habitat

  • et le ramassage illégal

Les mesures de conservation doivent donc contrer ces trois éléments par l’éducation des populations rurales et la protection des habitats.

Dans ces conditions, a-t-on besoin de ces centaines de Tortues d’ Hermann ou Grecques vivant en captivité pour la conservation des espèces?

Probablement pas, excepté quelques individus dans le cadre de l’éducation de la population.

Comment gérer ce cheptel français ?

Des particuliers reproduisent si bien les tortues qu’elles deviennent trop nombreuses ou vivent trop vieilles et un jour ils veulent s’en dessaisir.

Et que faire des individus Testudo hermanni qui vivent et se reproduisent avec d’autres sous-espèces voire d’autres espèces de Testudo ou pire… en contact avec des espèces exotiques ?

les problèmes génétiques et pathologiques ne permettent pas de les intégrer dans des programmes de conservation.

Quelles solutions, quelle charte peut alors être élaborée par les éleveurs et les acteurs de la conservation pour diminuer la pression sur les populations naturelles et utiliser ces animaux captifs ?

Deuxième réflexion : Quel rôle la terrariophilie peut-elle jouer dans la future conservation des chéloniens exotiques ?

Peut-être doit-on accepter qu’il existera à l’avenir plusieurs types de terrariophilie…

  • Une terrariophilie de base qui aura pour but d’éveiller et de sensibiliser le public à la faune sauvage. La traçabilité des individus restera difficile.

  • Une terrariophilie de pointe en relation avec des parcs zoologiques et contribuant à l’élaboration de programmes spécifiques pour les espèces rares dans le but de constituer des réservoirs génétiques. De tels réseaux se mettent actuellement en place dans les pays anglo-saxons sous l’égide de l’IUCN. Ils ont pour but de contrer l’inexorable déclin des tortues vivant dans le sud-est asiatique. Dans ce cadre, les collections privées possèdent des individus précieux et connaissent déjà les techniques d’élevage les plus adaptées.

La terrariophilie a donc un rôle incontestable à jouer.

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Troisième réflexion : La réintroduction

La tortue est plus heureuse dans la nature donc relâchons-là ! N’est-ce pas une vision quelque peu simpliste qui est a été fortement véhiculée avec la Tortue d’Hermann ? Pourquoi ne pas renvoyer les Geochelone sulcata en Afrique ? Aux Etats-Unis elles s’accumulent dans des centres d’accueil et on ne sait plus comment gérer ces lots de tortues. Donc la solution naturelle n’est-elle pas de les renvoyer chez elles dans leur pays ? Le retour des Tortues à Tempes Rouges vers les Etats-Unis n’avait-il pas été déjà proposé dans le passé?

Nous ne pouvons cautionner des programmes de réintroduction que si l’espèce a eu des hémorragies importantes d’individus dans certaines zones et que les populations sont sur le déclin. Assurons-nous alors que les sites seront protégés à très long terme, que nous maîtrisons les techniques de relâchage, que nous connaissons les capacités de réintroduction forcément limités des sites, que les aptitudes comportementales des tortues réintroduites sont adaptées, et que des moyens financiers sont disponibles pour suivre sur plusieurs années le devenir de ces animaux.

La réintroduction peut induire de nombreuses perturbations sur l’ensemble des écosystèmes. Elle n’est pas une action bénigne. Les réintroductions ne peuvent plus être induites par des lots d’animaux captifs disponibles.

Trouvons d’autres solutions.

Chéloniennement vôtre,
Dr Ghislaine Guyot – Ph.D. Ecologist

Source : http://listetestudo.free.fr/ELEVAGE/terrariophilie.htm
(ce site m’a permis de compléter mon expérience)

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